v.1735 « Les abeilles travaillent sans relâche pour le roi ». Jeton à la ruche et à l’essaim royal, de et pour la Monnaie de Lille

Jeton en argent frappé vers 1735 à l’Hôtel de la Monnaie de Lille. Existe également en cuivre rouge. Diamètre :  30 mm. Poids : 10,4 g.  Références: Van Hende 451 &  Feuardent  7227

* REVERS :  Un potager, avec légumes et fleurs butinés par les abeilles, clos de murs, avec une porte monumentale au fond. Dans l’angle avant gauche, sur un banc, une ruche en osier couverte de paille; au-dessus, un essaim d’abeilles s’envole en suivant son roi.

Titulature revers : «  AD REGIS NUTUM OTTIA PELLUNT »       Elles travaillent sans relâche au gré des désirs (besoins) du roi)

             A l’exergue : « MONNOYE DE LILLE »

* AVERS : Le roi couronné assis sur son trône, tenant un sceptre en main droite. Il reçoit l’hommage d’une femme agenouillée (la Monnaie), portant une balance en main gauche, pour vérifier le bon poids des pièces ;  et une corne d’abondance en main droite, d’où coulent des pièces de monnaies; en travers le balancier de la presse à frapper les monnaies, qui garantit leur bon aloi.

             Titulature avers: « LABORIS FRUCTUS IMMUNITAS ».    («  L’immunité est la récompense de leur travail»)

              A l’exergue : « A.A.A.F.F. »  . « Auro, Argento, Aere, Flando, Feriundo / L’or, l’argent, le cuivre »)

             Sous le trône, signature: « G. »

La décision d’ouverture d’un Hôtel de la Monnaie  à Lille, avec juridiction sur l’Artois, la Flandre et le Hainaut, a été prise en 1685, mais l’atelier ne commence à fonctionner qu’en 1686. Il s’agit de substituer le plus rapidement un monnayage français au monnayage espagnol encore en circulation dans la région, plusieurs années après l’annexion de la Flandre. A l’occasion de cette ouverture, les officiers de l’Hôtel obtiennent des privilèges d’exemption de l’octroi et de la plupart des impôts, exemptions héréditaires ; et les ouvriers monnayeurs et ajusteurs sont exemptés, par exemple, des droits sur le vin et la bière. La légende de l’avers entend bien rappeler ces privilèges acquis.

Ce jeton,  attribué par Van Hende à la période d’ouverture de l’Hôtel de la Monnaie de Lille (donc sous Louis XIV, vers 1686-1687), mais que Jérôme Jambu pense avoir été frappé au milieu des années 1730 (donc sous Louis XV), a été vraisemblablement repris pendant de nombreuses années, et distribué principalement lors des cérémonies internes à l’Hôtel de la Monnaie.

La symbolique anthropomorphique de la ruche et des abeilles sur ces deux jetons est classique: les abeilles travaillent au service de leur roi, qu’elles suivent fidèlement (l’essaim), comme les hommes sont au service du monarque, dans l’unité du corps social (la ruche).


SOURCES :

Nous remercions Jérôme JAMBU, maître de conférences d’histoire à l’Université de Lille, conservateur au Cabinet des monnaies et médailles de la Bibliothèque nationale de France, pour l’échange que nous avons eu à propos des monnaies et jetons lillois.

VAN HENDE Edouard (1819-1900), Numismatique lilloise, ou description des monnaies, médailles, jetons, méreaux de LilleLille, 1858, 464p. (p.170 et planche 48 pour le jeton de la Monnaie)

JAMBU Jérôme [2013], « Le jeton des officiers de la Monnaie de Lille » , Bulletin de la Société française de numismatique, 68e Année, no 6, juin 2013, p.182-189. En ligne: https://www.academia.edu/16449606/J_Jambu_Le_jeton_des_officiers_de_la_Monnaie_de_Lille

JAMBU Jérôme [2015] , « Deux jetons inédits relatifs à la Flandre française sous Louis XIV. Ou l’art de recycler en numismatique pour mettre en scène le Grand Roi »  , Bulletin de la Société française de numismatique, 70e année, no 8, octobre 2015, p.226-231. En ligne: https://www.academia.edu/23000670/J_Jambu_Deux_jetons

CLAIRAND Arnaud, Le personnel de la Monnaie de Lille, 1685-1790, mémoire de master I d’histoire, Université Lille III (s.d.J.JAMBU), juin 2014.

PEREZ Stanis, La Santé de Louis XIV. Une biohistoire du Roi-SoleilSeyssel, Champ Vallon, 2007, 406p. (notamment p. 73-87 et 287-294), et Tempus, Perrin, 2010, 681p.

PEREZ Stanis, « Grandeurs et servitudes de la maladie : la fistule anale du Roi-Soleil », Paris, Cour-de-France.fr, 2009. Article inédit publié en ligne le 3 octobre 2009 (http://cour-de-france.fr/article1332.html)