L’abeille et la ruche sont très présentes dans l’iconographique de la franc-maçonnerie depuis le XVIIIe siècle

Conférence au temple de Villeurbanne (69), le 12 avril 2017


Au XIXe siècle,  les connaissances sont à peu près établies sur les 3 castes de la ruche, et sur leurs fonctions respectives. On ne va plus gloser sur le politique, mais valoriser plus encore la concorde sociale qui règne dans la ruche, et le caractère laborieux et altruiste des abeilles – des hypothèses anthropomorphiques, que l’on sait désormais très discutables…  Le XIXe s. est aussi le siècle des idéologies et des institutions sociales et socialistes. La coopération y est un maître-mot. Les utopistes, en particulier Saint-Simon et les fouriéristes, se référeront plus d’une fois à la ruche, et à la coopération des abeilles. Le mouvement mutuelliste, -les sociétés de secours mutuels; et le mouvement des coopératives de production et de consommation, à la recherche de symboles, se retrouvent donc dans le fonctionnement de la ruche et des abeilles. L’abeille et la ruche sont dès fréquemment associées aux mains serrées de la fraternité. D’innombrables structures portent le nom de l’Abeille – y compris des compagnies d’assurance; ou de la Ruche, surtout des coopératives. La ruche dans la symbolique de la franc-maçonnerie

L’organisation fraternelle qu’est la maçonnerie ne pouvait que se reconnaître dans les vertus attribuées depuis toujours à la république des abeilles:– une sagesse fondamentale, un fonctionnement harmonieux, une solidarité industrieuse, une transmission infatigable. 
– Une recherche de la perfection aussi, dont la cellule hexagonale parfaite des cadres de cire a toujours fasciné par sa perfection mathématique (Réaumur) , qui sera celle du Temple futur.
> Il n’est donc pas surprenant qu’elle se retrouve assez systématiquement dans la très riche symbolique maçonnique. Et dans de nombreux textes comme Les insectes, de Jules Michelet (1857), dans lequel les abeilles font naturellement confiance au mérite, à l’intelligence et au savoir.


 D’autant que la  découverte progressive des mystères de la société des abeilles n’est pas sans rappeler le caractère initiatique de la FM. Les signaux qu’elles échangent, dont on sait aujourd’hui qu’ils sont à la fois sonores et chimiques (phéromones) semblent faire écho aux signes de reconnaissance des maçons.


 L’abeille compagnonnique, concomitante de celle de la maçonnerie

Le compagnonnage, organisation à la fois professionnelle et initiatique (apprentissage des secrets du métier par les apprentis disciples des maîtres), dont le “tour de France”, adopte la ruche comme symbole de la société compagnonnique et des bâtisseurs. Elle signe le long apprentissage par l’échange du savoir, l’activité organisée, la persévérance continue pour le chef d’oeuvre, donc pour la construction du Temple.

 Les tabliers, les bannières, les jetons, etc.

Le tablier porté en loge, lien d’amitié et de fraternité, rappelle au maçon ses devoirs et obligations.  Il regroupe  à partir du début du XIXe s., la plupart des symboles maçons.  La ruche y est très fréquente. On la retrouve donc sur les bannières de loges, les diplômes,  les jetons de présence, ou encore des objets de la vie quotidienne: presse-papier, tabatières, montres gousset, etc…



 La Marianne émancipatrice en 1848

C’est sous la Monarchie de Juillet que certains Maçons commencent à penser que les loges ont un rôle politique à jouer pour l’émancipation des peuples. Ce mouvement culmine avec la révolution de 1848, est interrompu brutalement par le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte. L’engagement de la Maçonnerie dans la vie de la cité reprend toute sa place sous la Troisième République, quand obédiences et loges contribuent  à enraciner la république et ses valeurs démocratiques.

Le temple de La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel, Suisse)

 Une ville horlogère: La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel. Les artisans et ouvriers horlogers dominent le conseil municipal quand, en 1851, doivent être choisies les armoiries de la ville. Or presque tous sont membre de la Loge de l’Egalité, fondée en 1819. Donc les armoiries reprennent la ruche et les abeilles, et le pavé en mosaïque, déjà présentes dans le temple édifié quelques années auparavant. 

Le temple de l’île de Büyükada, près de Constantinople-Istanbul


 Le temple de l’île de Büyükada, près de Constantinople-Istanbul (une île très particulière, résidence des minorités chrétiennes et juives, des Russes blancs, de Trotsky, etc.), a été construit après la révolution jeune-turque de 1908, qui a imposé au sultan le retour à la monarchie constitutionnelle.  La franc-maçonnerie  s’implante en Turquie au milieu du XIXe siècle, chez les réformateurs Jeunes-Ottomans puis Jeunes-Turcs. Beaucoup ont été en exil en Europe, à Paris surtout. Ils s’y sont initiés à la FM au sein du Grand Orient de France. Les loges ont essaimé dans les Balkans, puis à Constantinople. Elles ont inspiré les réformes jeunes-turques, et surtout  celles de Mustafa Kemal Atatürk (que l’on dit avoir été initié, mais qui dissoudra pourtant la FM en 1935, réautorisée en 1948). Le temple de Büyükada, récemment luxueusement réhabilité, multiplie les références à la ruche et à l’abeille: dès la grille d’entrée, sur le fronton de façade.