XIIIe s. – Dans l’iconographie médiévale, une hostie peut être cachée dans la ruche, et l’abeille être une image de Marie. Ainsi dans une enluminure galicienne conservée à l’Escurial.

« Hymne à la Vierge« , manuscrit enluminé galicien, conservé à la Bibliothèque du Monastère de L’Escurial, Espagne, fin du XIIIe siècle.

La femme de l’apiculteur a caché l’hostie consacrée dans une ruche-tronc. En ouvrant celle-ci peu après, l’apiculteur et sa femme découvrent la Vierge et l’Enfant-Jésus (en haut). Ce miracle amène une procession devant la ruche (en bas).


Commentaire: La légende de la reproduction virginale des abeilles, commencée avec Virgile, se retrouve fréquemment au Moyen-Age, par exemple chez Saint Ambroise. Elle est alors largement diffusée lors des annonces pascales, avant d’être introduite dans la liturgie officielle de l’Eglise, puis de tomber peu à peu en désuétude. L’abeille est donc pendant des siècles un symbole parfait de la pureté virginale, image et figure de la Vierge Marie. Les textes hagiographiques et apologétiques, mais aussi les exempla, ces brefs récits qui entendent proposer aux fidèles des modèles de comportement ou de morale, abondent donc en références religieuses à l’abeille, tradition qui perdurera pratiquement jusqu’au XIXe siècle.

L’un des thèmes récurrents est celui du détournement de l’hostie consacrée. Au lieu de l’absorber lors de l’Eucharistie, le fidèle la dissimule pour des usages profanatoires. De nombreux récits évoquent l’utilisation de l’hostie dans la nature par le paysan, ou sa femme, aux fins d’obtenir de meilleures récoltes. Et parfois, en la jetant dans une de leurs ruches, pour augmenter la taille des essaims en attirant des abeilles étrangères, et obtenir ainsi une meilleure récolte de cire et de miel.

Deux issues miraculeuses principales possibles à cette insertion de l’hostie dans la ruche, selon les récits :

– l’apiculteur, à la place de l’hostie, trouve un enfant dans la ruche, qu’il croit mort, mais qui disparaît en réalité très vite. Généralement, cet événement attire toutes sortes de malheurs sur le vilain, voire son village ou sa province.

– les abeilles ont construit dans la ruche une chapelle avec une cire immaculée, et ont déposé l’hostie sur un petit autel, parfois dans un calice, ou un ciboire. Les abeilles locales et étrangères s’agglutinent alors autour de cette chapelle miniature, « chantant des cantiques à la louange de Dieu ». En général, une procession vient chercher cette chapelle de cire, pour l’installer dans une église. Ce récit est particulièrement développé dans le « le Bonum universale de apibus / Le bien universel des mouches à miel » du frère dominicain Thomas de Cantimpré (v.1201-v.1270) un ouvrage fondamental de 1260, traduit du latin vers le français en 1372 sur commande du roi Charles V le Sage (ci-dessous une enluminure extraite de cette traduction).


La scène représentée sur cette enluminure galicienne en six tableaux est plus originale, puisqu’on découvre dans la ruche-tronc la Vierge et l’Enfant.



SOURCES :

De CANTIMPRE Thomas, Bonum universale de Apibus (ou: Liber de apibus), v. 1260 ; Du bien universel des mouches à mieldans la traduction française de 1372.

DE CANTIMPRE Thomas, Les exemples du « Livre des abeilles ». Une vision médiévalePrésentation, traduction et commentaire par Henri PLATELLE, Turnhout, Brepols, 1997, 383p.

DE CANTIMPRE Thomas, Liber de ApibusLivre II, chapitre 40, section 1, pour le miracle des abeilles.

FAVRE-VASSAS Claudine, « L’azyme des juifs et l’hostie des chrétiens », in FOURNIER Dominique, D’ONOFRIO Salvatore (dir.)Le Ferment divinParis, Editions de la MSH, 1991, 251p., p.189-206